Antonio Perez Balada, un footballeur talentueux

Antonio Pérez Balada (Nules-Castellón, 1919 – idem, 2016) a été un très bon gardien de  football professionnel. Il avait à peine dix-sept ans quand il a été recruté par la République. Ce fut l’un des derniers soldats appelés au sein de la quinta del Biberón (classe du Biberon). Sur le front de l’Aragon, il participa à la fameuse bataille de l’Ébre, avant de connaître les désillusions républicaines, de franchir la frontière à Portbou et de se retrouver dans les camps de concentration français, tout d’abord à Saint-Cyprien puis à Agde.

Il y est resté presque six mois et a conservé de cette période le mauvais souvenir de la faim. Il n’a cessé de rappeler qu’à Saint-Cyprien, les réfugiés étaient parqués à même le sable, on ne leur donnait pas à manger et ils étaient obligés de boire l’eau de la mer, à l’origine de diarrhées récurrentes. Lorsqu’il a été transféré à Agde, il a été logé dans des baraques en bois, où il a souffert du froid. Pour se réchauffer, les prisonniers brûlaient tout le bois qu’ils trouvaient. Agde lui a laissé la pire des mémoires. Alors que les officiers mangeaient à leur faim dans une baraque voisine, Antonio Pérez et ses compagnons n’avaient droit qu’à des lentilles et des pois chiches que leur lançaient les officiers par-dessus les barbelés, comme s’ils étaient des animaux. Les officiers étaient servis par un cuisinier homosexuel qui faisait des avances à Antonio Pérez et à ses camarades d’infortune. S’ils acceptaient, en récompense, ils avaient droit à la cuisine recherchée réservée aux officiers, après leur départ, bien sûr. Cette situation n’a pas été du tout du goût d’Antonio, qui l’a fait savoir avec perte et fracas au cuisinier en question.

Ce qui a surtout plu au jeune Antonio, ce sont les parties de football organisées au camp. (ci-contre dessin réalisé par A. K. Escoriguel en juillet 1939) Un match avait notamment été mis sur pied avec l’équipe locale et Antonio avait été sélectionné. Dès l’âge de huit ans il jouait gardien. Afin que les joueurs du camp soient en forme pour le jour J, ils ont été très bien nourris. Ceux qui l’ont vu évoluer avec aisance ont su apprécier ses qualités de gardien. On lui a même annoncé que Pepe Samitier et Ricardo Zamora, qui jouèrent à Nice, viendraient le chercher. Mais Antonio est resté sur place.

Il a cependant réussi à sortir du camp d’Agde, car il s’est procuré du papier et une enveloppe pour écrire à sa famille restée à Nules et obtenir les documents nécessaires à son retour dans sa ville natale. La surprise a été énorme pour sa mère quand elle a reçu la lettre de son fils : on lui avait fait croire qu’il était mort dans un des camps de concentration français.

 

Fin 1939, de retour en Espagne, il joue au club de Nules, son village natal. En éliminatoire de la Coupe contre Castellón, il fut l’auteur de deux grandes prestations avec le C.F. Nules, et le club de Castellón l’engagea, dès la saison suivante. Le fameux Real de Madrid le fit signer en 1942-1943 pour 150 000 pesetas, une fortune pour l’époque, mais sa mère le dissuada d’aller jouer dans la capitale, et Antonio a dû rendre l’argent qu’il avait touché lors de la signature.

Voici la carrière footballistique d’Antonio Pérez :

1939-1940 : Peña Misteriosa de Nules. Nules CF.

1940-1945 : Club Deportivo de Castellón

1945-1946 : Club Atlético Aviación

1946-1948 : Club Atlético de Madrid (nouvelle appellation du club de Madrid)

1948-1953 : Valencia Club de Fútbol.

(photos ci-dessous, Antonio Perez avec le maillot de l’Atletico et en pleine action)

 

 

 

 

 

 

 

 

Au cours de sa carrière, il a disputé 190 matchs. En 1949, il a remporté la Coupe du Roi et la Super-coupe d’Espagne (Eva Duarte) avec le Valence C.F. Il a été un des artisans de la montée du C. D. Castellón en première division. Ce jour-là, l’arbitre de la rencontre lui a dit : « Tu n’es pas un homme, tu es un Dieu ». C’était effectivement un gardien de but talentueux, très sûr dans les cages ; il avait des nerfs d’acier et ne se laissait pas impressionner par les buteurs renommés qui se présentaient face à lui. Même s’il n’a pas eu le bonheur d’être retenu en sélection, il a été à deux doigts de l’intégrer. Il était considéré par de nombreux Espagnols comme le meilleur gardien évoluant dans l’élite de leur pays.

Jusqu’à la fin de ses jours, il a goûté aux plaisirs de la table. Ce fut en quelque sorte une vengeance contre le syndrome de la faim des camps de concentration français. Lorsqu’il faisait partie de l’équipe de l’Atlético de Madrid, il a stupéfait nombre de ses coéquipiers et des supporters du club par son penchant pour la nourriture. Au restaurant « La Posada del Peine », à Madrid, il prit un abonnement incluant deux petits-déjeuners, deux déjeuners et deux dîners. On lui servait ainsi deux entrées, deux plats, deux petits pains et deux desserts. Il avait alors acquis la réputation de gros mangeur et certains disaient même que son estomac était un puits sans fond.

Le 20 mai 2015, le stade de football Noulas de Nules, son lieu de naissance, a été dénommé Antonio Pérez, en sa présence (photo ci-contre). Quand on lui a posé la question de savoir quels gardiens de but étaient selon lui les meilleurs, il a répondu : Valdés, de Barcelone (2002-2014) et Courtois, qui avait joué à l’Atlético de Madrid (2011-2014).

Antonio Pérez Balada est décédé le 7 mars 2016 à l’âge de 96 ans.